Un parcours semé d’embuches jusqu’au Fitz Roy – 19/02 au 29/02

Villa O’Higgins : coincés au bout du monde

Nous voilà arrivés à Villa O’Higgins, petit village en cul-de-sac à la fin de la carretera austral. Contrairement à ce que l’on croyait, le plus dur n’est pas d’y arriver mais d’en partir. En effet, il nous faut prendre un bateau pour traverser le lac qui nous mène en Argentine, ou rebrousser chemin. Le dernier bateau est parti le matin de notre entrée dans le village. Nous pensons pouvoir avoir celui de samedi (J+2 : 2 jours après notre arrivée à Villa O’Higgins).

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Petite promenade au mirador de la ville lors d’une éclaircie

Rapidement, nous nous renseignons sur les départs des bateaux. Le temps est mauvais et aucune embarcation ne pourra naviguer avant dimanche (J+3). En effet, les deux premières nuits au camping sont extrêmement venteuses et pluvieuses. Nous craignons que notre tente ne tienne pas le choc car elle est maintenant brisée en quatre endroits et la fermeture de la chambre ne fonctionne plus.

Il y a trois embarcations possibles :

  • Florentina : petite barque dont le propriétaire ne revient pas avant un mois
  • Lorenzo : bateau de 22 personnes qui accepte uniquement le paiement en cash (35 000 pesos/pers.)
  • Robinson Crusoe : agence avec un bateau d’une capacité de 60 personnes et qui accepte le paiement par carte bancaire (44 000 pesos/pers.)

Mais voilà, on nous dit que le bateau ne sera pas avant lundi (J+4). Dans ce petit village, sans distributeur de billets et où on ne peut rien payer avec la CB (ni le camping, ni chez la plupart des commerçants), il nous faut faire un choix : payer le bateau, manger ou dormir au camping. Nous décidons donc de partir avec Robinson Crusoe (pour payer avec notre carte). Mais hélas, après nous avoir dit que le bateau partirait mardi, mercredi, l’agence nous annonce qu’il ne peut finalement pas partir car cela fait une semaine qu’il a un trou dans la coque. Finalement, on supprime notre réservation chez Robinson Crusoe et on s’inscrit sur la liste d’attente de Lorenzo. Mais voilà, entre temps de nombreux voyageurs sont arrivés dans la ville et nous ne sommes prévus que sur le troisième bateau prévu le dimanche (J+10). Le cash s’amenuise et le moral tombe. C’est la déprime. Il nous est impossible de faire demi-tour car une camionnette pour traverser la frontière à un autre endroit coûte 400 000 pesos soit 500€. Avec des cyclistes allemands, nous envisageons même de traverser le Paso Mayer : un sentier très difficile de plusieurs dizaines de kilomètres, non balisé et au milieu de la forêt avec au menu plusieurs rivières à traverser dont le niveau peut être important à cette période de l’année. Mais finalement, cela ne nous ferait pas gagner de temps car avant de rejoindre la prochaine ville argentine il y a plusieurs jours de vélo sur de la piste.

Malgré le beau temps, les bateaux ne partent pas car sur le lac le vent reste très fort. Nous voyons seulement décoller les hélicoptères ou avions privés des clients fortunés du lodge d’en face.

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Randonnée dans les bois aux alentours de Villa O’Higgins

En attendant, nous passons la majorité de notre temps au camping, à manger. On devient adepte des brunchs avec café, œufs brouillés, pain, beurre et chocolat. Pour le diner, on se fait des soirées pizzas, crêpes, chili con carne, lasagnes… Nous nous promenons en ville ou faisons de la randonnée avec Camille (camembert con carne). Un soir, Quentin, un des backpackers rencontré au camping a failli mettre le feu à l’hôtel en cuisinant du pain au four, cela a pimenté un peu la vie dans le village. Nous rencontrons pas mal d’autres voyageurs comme Cécile et Clément (lescenselle), Stela (une randonneuse slovène). Mais surtout, nous retrouvons pas mal de cyclistes et nous avons quasiment reconstitué le groupe que nous formions pour le nouvel an à Valparaiso ! Ainsi nous avons retrouvé, pour notre plus grand plaisir : Alice et Benoit (entransat), André (Radrauschen), Loïc et Océane (le bolide en amérique du sud), Raymond (otra vida es posible) et Angel.

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L’arc-en-ciel est l’avantage d’une météo capricieuse

Puis, à force d’attendre, certains voyageurs ont dû rebrousser chemin pour poursuivre vers l’Argentine par une autre frontière. Ainsi, la liste d’attente pour le bateau s’est réduite. Ainsi, Kristell peut partir sur le prochain bateau, mais pas Fabien, ni Camille. Plus tard dans la soirée, la liste a encore diminué et Fabien fait partie du prochain départ. Puis au dernier moment, on apprend que la liste vient tout juste d’atteindre le nom de Camille qui fera lui aussi le voyage avec nous ! Nous sommes soulagés car les prochains jours à vélo s’annoncent difficiles et nous sommes heureux de pouvoir affronter ça ensemble. Au final, nous n’aurons attendu « que » 8 jours à Villa O’Higgins.

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Lago O’Higgins que nous espérons traverser rapidement

Villa O’Higgins – Laguna del desierto : parcours sportif entre Chili et Argentine01

Le départ du bateau est prévu tôt le lendemain matin. Kristell fera une nuit blanche pour être sûre que tout le monde se réveille à 4h30.

Après un copieux petit déjeuner, nous enfourchons nos vélos. Le trajet pour atteindre le port s’effectue de nuit. Les 7km sont réalisés avec peine car on n’y voit rien. L’éclairage avant de nos vélos n’est pas assez puissant pour voir les nombreux nids de poule de la route, il nous permet seulement d’être vus. Nous sommes les premiers sur place et nous avons le temps de charger les vélos et de nous installer dans le bateau avant que le bus de touristes n’arrive au port pour débarquer les autres passagers.

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La barque de Lorenzo à Candelario Mancilla

La traversée est vite effectuée et la nuit fut donc plutôt courte pour Kristell. En arrivant à Candelario Mancilla de l’autre côté du lac O’Higgins, il y a de nombreuses personnes qui attendent le bateau avec impatience. En effet, nous étions plutôt chanceux d’être bloqués de l’autre côté du lac car ici, il n’y a pas de village, juste le ponton d’embarquement. Il a fallu rationner la nourriture pour que chacun puisse manger tous les jours.

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Difficile reprise du vélo, mais la montée a le mérite de nous offrir une belle vue sur le lac

Les formalités de douane sont vite accomplies et nous reprenons la route vers midi sous un grand ciel bleu. La piste qui nous attend n’est pas aussi belle et elle est difficilement cyclable car elle se compose principalement de gros cailloux. Les six premiers kilomètres sont à fort pourcentage de montée. Cependant, la hauteur nous offre une belle vue sur le lac. Nous déjeunons en compagnie d’Heiko, un cycliste allemand. Un peu plus tard, nous recroisons Stela, avec son gros sac à dos, qui court de point de vue en point de vue pour prendre plein de photos. Puis nous apercevons pour la première fois le Fitz Roy. Heiko nous permet de l’observer grâce à ses jumelles : Wah !

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Notre première rencontre avec le Fitz Roy

Finalement, nous passons une bonne partie de la journée à grimper. Lorsque nous arrivons à la frontière géographique Chili/ Argentine au km16, contrairement à ce que l’on croyait, on ne voit pas de camping. Il n’est pas trop tard donc nous décidons d’attaquer une des parties que nous redoutons le plus dans notre voyage : 6km de trek dans la forêt avec nos vélos. Imaginez-vous un sentier de randonnée, jonché de racines, avec des troncs d’arbres tombés au milieu du chemin, des énormes montées dans la roche… puis imaginez-vous avec un vélo chargé de 30 ou 40kg. Voici ce qui nous attend. C’est un parcours d’obstacles avec trois grosses épreuves bonus à passer : la boue, les rivières, les ornières étroites et profondes. Par moment, nous pouvons rouler, mais cela faudra une chute à Kristell. Il est plus prudent de pousser les vélos la quasi totalité du parcours.

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Dans ce no man’s land, nous passons la frontière géographique entre le Chili et l’Argentine

Nous rencontrons une dizaine de cyclistes venant dans le sens opposé. Nous avons plus de chance qu’eux car de notre côté, le chemin est plutôt en descente.

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Ce n’est que le début de notre parcours d’obstacles
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Epreuve du champ de boue : réussir à désembourber les vélos sans abîmer les dérailleurs ou les sacoches (astuce : ne pas hésiter à sacrifier ses pieds)
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L’eau étant trop profonde pour faire passer les vélos armés des sacoches, nous décidons de nous y mettre à plusieurs pour le faire passer sur les troncs d’arbres
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Epreuve de la rivière : ce coup-ci pas le choix : l’eau est trop profonde et on ne peut pas passer les vélos sans noyer les sacoches. (Astuce : désarmer les vélos, leur faire prendre un bon bain lors de la traversée puis revenir rapidement faire les allers-retours dans l’eau gelée pour les bagages)
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Pas de difficulté particulière pour le passage des ponts, seule la prudence est requise
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Epreuve des ornières : les sacoches avant étant plus basses, elles ne passent pas dans les ornières. (Astuce : enlever une sacoche avant que l’on accroche au guidon pour conserver l’équilibre, enfourcher les vélos et hop les pieds en crabe et on est reparti)

Au début, Fabien et Camille passent les vélos un à un dans la bonne humeur. Puis Heiko se joint à nous avec son calme et son optimiste permanents qui le caractérisent. Il trouve chaque moment difficile « vraiment fun » et a toujours le sourire. On finit les dernières épreuves en sa compagnie. Finalement ce n’était pas si dur, comparé à ce qu’on avait imaginé. Nous sommes bien contents de l’avoir passé et nous arrivons en fin de journée à la laguna del desierto. Nous allons enfin pouvoir dormir en Argentine ce soir.

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Laguna del Desierto avec vue sur le Fitz Roy

Les douaniers nous informent que nous pouvons camper gratuitement près du lac avec les nombreuses autres tentes présentes. Les toilettes sont dans la nature et il est possible de se recharger en eau à la rivière. Nous nous installons dans la forêt. Il y fait moins froid et nous sommes protégés de la pluie.

Laguna del Desierto – El Chalten02

Le lendemain vers 11h, nous attendons le bateau pour pouvoir y déposer nos vélos. Eux feront la traversée bien sagement à bord et ils nous attendront de l’autre côté. Pendant ce temps, nous longerons le lac pour une petite randonnée de 16km où nous pourrons enfin profiter du paysage sans avoir à trimballer nos montures.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus trois mais quatre. Quentin nous a rejoint mais nous devons régulièrement l’attendre car il porte son lourd sac de rando sur le dos pour ne pas avoir à payer le bateau pour ses bagages. Nous tenons une cadence assez élevée dans l’espoir d’atteindre El Chalten, ce soir. Pour y arriver, après la randonnée, il nous faut retrouver nos vélos et rouler encore 40km avant la tombée de la nuit.

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Paisibles abords du lac El Desierto

Les points de vue lors de la randonnée nous permettent d’apercevoir des cascades se jetant dans le lac, un glacier et les montagnes environnantes. Nous apercevons également le Fitz Roy. Et dire que normalement ce soir, nous dormons à son pied. Il y a beaucoup de montées et de descentes très raides sur le sentier. Ça semble vraiment impossible à faire en vélo. Et pourtant, régulièrement, des cyclistes effectuent ce chemin avec les vélos. Cela se fait soit par choix : économie ou défi, soit par obligation : problème avec le bateau qui est en réparation et ne circule plus. C’est ce dernier cas de figure qui s’est produit l’année dernière et on se souvient des coqs en selle (le paragraphe « La Laguna del desierto : le passage de l’enfer » ) qui ont dû trimbaler leurs vélos et les sacoches dans cette forêt et dans ces pierres pendant une vingtaine d’heures.

Au bout du lac, nous traversons un pont et nous retrouvons la route. Quentin s’arrête là pour faire du stop. Nous, nous devons encore marcher un peu pour retrouver nos vélos.

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Dernière ligne droite avant El Chalten

Les gardes forestiers nous annoncent quelques bonnes montées et du ripio. Finalement, nous roulons plutôt bien jusqu’à ce qu’un tronc d’arbre tombe sur la route juste devant nous et nous bloque le chemin. Après quinze minutes d’attente, nous décidons de contourner par les bois avec nos vélos et nous reprenons notre chemin. Un peu plus tard, des cyclistes en VTT nous doublent, mais dans les montées, nous les rattrapons car ils poussent alors que nous pédalons.

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Nous sommes stoppés par deux hommes puis 10 secondes après par un arbre qui s’abat au milieu de la route

En fin de journée, nous avons une très belle vue sur le Fitz Roy. Alors que le soleil commence à être bas, le vent nous souffle dans le dos. Nous arrivons à El Chalten avant la nuit. Nous retrouvons la civilisation avec cette ville touristique. Il y a beaucoup (trop) de touristes. A El Chalten, il existe une casa de ciclistas. Nous la cherchons un petit moment et quand nous y arrivons, le jardin est rempli de tentes. Nous décidons donc de nous offrir un lit et de dormir au chaud pour quelques nuits, bien abrités du vent.

Puis comme d’habitude, après un moment difficile, nous allons, avec Camille, à la pizzeria.

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Jardin de la casa de ciclistas del Chalten. Florencia la gérante nous dit que les cyclistes ont mal géré car il est possible de mettre beaucoup plus de tentes d’habitude!

Le Fitz Roy

Nos chemins se séparent aujourd’hui et définitivement : Camille reste à la casa se reposer et préparer la suite de son voyage et de notre côté, nous partons randonner dans le parc du Fitz Roy. Il fait vraiment très beau. Un temps idéal pour aller randonner. Initialement, nous pensions faire une grosse boucle de plusieurs jours en autonomie dans le parc avec des passages en tyrolienne. Mais finalement, n’étant pas habités à pratiquer ce genre de choses, les gardes du parc nous ont convaincus de ne pas le faire.

Nous nous contenterons donc de deux jours de randonnée en aller-retour, comme ça nous n’avons pas à porter nos sacs. Le parc est gratuit et pourtant vraiment bien entretenu. Des campings libres sont mis à la disposition des randonneurs.

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Jour 1 : Lago Torre

Cette randonnée fait 24km aller-retour. Elle est indiquée en rouge sur la carte ci-dessus.

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Vue depuis le mirador del Cerro Torre
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Quelques icebergs flottent dans le lac au pied du glacier
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Vue sur le Glaciar Grande depuis le mirador Maestri

Jour 2 : Laguna de los Tres 

Cette randonnée fait 26km aller-retour. Elle est indiquée en bleu sur la carte ci-dessus.

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Mirador du Fitz Roy
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Chacun des sentiers de randonnée du parc est très bien balisé et entretenu.
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C’est après une bonne montée de 1km dans les cailloux pendant près d’une heure que nous sommes grandement récompensés de nos efforts.

El Chalten

Après ces quelques jours de randonnées, nous décidons de reprendre la route. Nous faisons un dernier au-revoir à l’ensemble des cyclistes qui étaient présents à Villa O’Higgins et qui nous ont maintenant rejoint. Nous passons aussi un petit moment à tenter de récupérer de l’argent au distributeur de billets plutôt capricieux.

Quand enfin nous sommes prêts, il est déjà un peu tard. Nous faisons à peine quelques mètres et Fabien crève. Nous sommes fatigués et il semble impossible d’avancer pour aujourd’hui. Nous ne voulons pas perdre une journée à rester ici, nous décidons donc de prendre le bus. Cette partie entre El Chalten et El Calafate étant réputée très venteuse, on ne le regrettera pas trop, mais un petit peu quand même car les paysages sont magnifiques. Dans le bus, nous pouvons quand même apercevoir le magnifique glacier Viedma qui se jette dans le lac, les nombreux icebergs, ainsi qu’un magnifique coucher de soleil sur les montagnes.

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