Carretera Austral : Deuxième partie authentique – 06/02 au 18/02

Nous avons terminé la partie « touristique » de la carretera austral. La première partie était en majorité asphaltée et on y croisait des petits villages regorgeant de campings surpeuplés.

Nous attaquons maintenant la partie plus « authentique », même si les travaux routiers sont en plein essor et que nous ne sommes pas tout seuls sur la route. Cette dernière partie est une charmante découverte de la nature patagonienne.

Coyhaique – bivouac après la bifurcation vers l’Argentine 01

Après ces deux jours de pause, c’est difficile de reprendre le vélo. Le réveil est matinal mais nous restons encore un moment à discuter tous ensemble, entre voyageurs au plus ou moins long cours, à vélo ou en sac à dos.

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Ce n’est qu’un « au-revoir » pour Stéphane et Marion et un « à tout-à-l’heure » pour Océane et Loïc

Finalement, nous partons en début d’après-midi et nous serons vite rattrapés. Nous poursuivons notre route asphaltée mais vallonnée à six avec Angel (espagnol), Raymond (otra vida es posible, un espagnol qui voyage à vélo à travers le monde depuis environ 3 ans), Loïc et Océane. Vers 19h et avant la montée, nous décidons de nous arrêter. Les autres voyageurs que nous avons rencontrés en chemin nous avaient prévenus qu’avec Raymond, on trouve toujours très facilement un endroit où dormir. Cette nuit, nous dormirons dans le champ d’une ferme. Chacun plante sa tente. La nôtre, déjà surnommée « le Nautilus » ou « le requin » sera ce soir surnommée « la baleine ». C’est vrai qu’elle est assez énorme mais son immense abside nous permet d’y cuisiner et d’y manger au sec.

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Petit aperçu des abords de Coyhaique
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Jolie cascade, coin parfait pour déjeuner. Mais comme d’habitude, on s’est arrêté un kilomètre avant, au milieu de rien, au bord de la route.

Nous passons une très bonne soirée. Nous pouvons aussi observer les habitudes des autres cyclistes qui voyagent. Nous avons tous le nécessaire pour survivre : matériel et vêtements techniques… mais chacun a également le petit truc qui fait son confort et qui égaye son voyage : une chaise pliante, de la musique avec une enceinte portative, des tubes d’épices, un pot de nutella, une poêle, de quoi faire du pain et même des biscuits au réchaud ! La nourriture est un peu le centre des préoccupations des voyageurs à vélo.

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Petit bivouac sympa en bonne compagnie

Bivouac après la bifurcation – Villa Cerro Castillo02

Le réveil est tranquille ce matin et c’est tous ensemble, accompagnés de la musique de Raymond, que nous mangeons. Une fois repus, nous attaquons la côte. Nous croisons pas mal de cyclistes, la plupart chargés de pas mal de sacoches, des vrais cyclotouristes au long cours ! Certains nous dirons que nous aurons bientôt le vent dans le dos… que nenni ! Nous luttons bientôt contre un fort vent de face. Pour avancer, nous nous mettons tous en ligne derrière Raymond qui ne semble pas gêné le moins du monde par ce vent. Une fois le cortège lancé, nous fonçons mais pas pour bien longtemps car Fabien casse la dernière attache de son porte-bagage avant. C’est alors que Raymond sort sa trousse de secours spéciale vélo et quelques serflex plus tard, nous voilà repartis.

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Tous en ligne et en route!

A midi, nous adoptons très vite les habitudes de nos compagnons et nous faisons tous une sieste. Mais le froid nous sort de notre sommeil et nous repartons. Arrivés au sommet de la Cuesta del Diablo (1100m, le plus haut col de la carretera), nous voyons les pointes enneigées du Cerro Castillo. Un peu plus loin dans la descente, il y a un mirador et là, nous en prenons tous plein la vue. Nous étions tous unanimes pour dire « c’est pour ça qu’on fait ce voyage! ».

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L’arrivée à Villa Cerro Castillo nous offre une belle descente en lacets

Ensuite, nous poursuivons la descente à fond sur une route en lacets. C’est alors qu’en pleine vitesse on croise un visage qu’on reconnait. On pile tous les deux. Le cycliste qui montait est redescendu nous voir. C’est Pedro, de la casa de ciclistas de Santiago qui nous a accueillis pas moins de trois fois pendant le mois de décembre. Il n’a pas de sacoches mais une remorque. Il est parti d’El Calafate et il remonte la carretera austral. Alors que nous sommes en milieu d’après-midi, il nous annonce qu’il va à Coyhaique ce soir (à environ 90km). C’est vraiment une brute ! Le temps d’un petit selfie et nos chemins se séparent de nouveau. Nous sommes vraiment heureux d’avoir pu le revoir. C’est une partie de la magie du voyage de recroiser des gens qu’on pensait ne plus jamais revoir.

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Retrouvailles improbables avec Pedro de Santiago du Chili

En arrivant au camping de Villa Cerro Castillo, nous voyons des tentes très malmenées par le vent. Nous prenons les derniers emplacements à peu près abrités mais nous serons en pente. Nous passons une partie de notre soirée à tourner dans le village pour trouver du pain, un dimanche soir. Nous trouvons notre bonheur chez une famille qui fait du pain dans son salon, dans le four à bois. Epuisés et repus d’un très bon pain perdu, nous nous endormons.

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Le Cerro Castillo

 Villa Cerro Castillo – bivouac dans la montée03

La matinée commence doucement. A 7h, nous nous retrouvons tous pour le petit-déjeuner. Cependant, Angel, Raymond, Océane et Loïc vont aller faire le trek au Cerro Castillo alors que de notre côté nous allons continuer la route en vélo. Ils partent donc faire du stop pour le point de départ de la randonnée pendant que nous nous préparons tranquillement. En faisant des courses en ville, nous rencontrons Diego, un cycliste chilien. Il a déjà fait la carretera austral l’année dernière et la refait cette année. Il nous indique l’état de la route, le sens du vent, le dénivelé et nous informe que nous allons rouler en partie sur une route composée des cendres d’un volcan.

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Fini l’asphalte, nous attaquons une journée difficile sur une route en travaux

Avec le vent de face, les travaux sur la piste et la poussière, nous progressons lentement. On fait sourire les travailleurs et ils nous permettent de garder le moral au beau fixe. Dans l’après-midi, un pick up nous rejoint et nous informe que nous avons 40min pour faire 5km car ils vont agrandir la route à coups de dynamite. On se dépêche donc et une fois passés les 5km de sécurité, nous trouvons un point de vue, sortons les cookies et attendons l’explosion. Après une demi-heure d’attente, il n’y a toujours rien.

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Malgré les nuages, le paysage est plutôt pas mal

Nous reprenons la route pour seulement quelques minutes car nous nous retrouvons bloqués. La route est fermée pour 4h car il y a d’autres explosifs sur les prochaines portions. Il y a environ 20 véhicules et 5 cyclistes de bloqués avec nous. Tout le monde prend son mal en patience : chacun sort de sa voiture, fait connaissance, discute les uns avec les autres, cueille des fruits sur le bord de la route, se prend en photo avec la dame chargée du trafic. C’est vraiment très différent de ce qu’on peut voir en France. Plusieurs personnes viennent discuter avec nous. Nous rencontrons notamment un habitant du coin. Nous lui demandons s’il y a un endroit où dormir dans les environs, et il nous dit « les gens habituellement campent devant chez moi », c’est normal et ça ne le dérange même pas.

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Avant de descendre dans la vallée, nous avons une vue magnifique sur les eaux laiteuses du Rio Ibañez

Quand la route rouvre, à 18h, nous n’avons fait que 25km. Nous poursuivons sur la piste mais nous sommes encore ralentis par les travaux et il commence vraiment à se faire tard. Nous cherchons donc un lieu où bivouaquer et trouvons un endroit caché de la route et juste assez grand pour recevoir notre tente. Nous attendons que les voitures passent pour nous y installer tranquillement. Un pick up passe et dans la remorque il y a Marion et Stéphane, les autostoppeurs rencontrés à Coyhaique !

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Bosque Muerto (ou forêt morte)
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La tente rentre pile poil!

Bivouac dans la montée – Puerto Tranquilo04

La journée d’aujourd’hui s’annonce bien remplie : passage d’un col à plus de 600m pour changer de vallée et plus de 80km pour rejoindre Puerto Tranquilo. Ce n’est pas gagné. L’état de la route ne nous aidera pas beaucoup car nous alternons sable, taule ondulée, cailloux et terre dans les zones de travaux. En chemin, nous partageons la route avec des troupeaux de vaches menés par les gauchos.

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Au moindre rayon de soleil, l’eau change radicalement de couleur
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Encore une petite montée sur une piste, mais l’effort est vite compensé par la vue

On trouve un merveilleux coin pour déjeuner, près de la rivière. On y serait bien restés dormir, mais nous ne sommes qu’au début de notre journée. Les paysages sont magnifiques et le soleil rend le lac General Carrera vraiment somptueux. Malgré l’heure avancée, nous prenons le temps d’en prendre plein les yeux.

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Abords du lac General Carrera
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Le lac General Carrera est une frontière naturelle entre le Chili et l’Argentine

Les derniers kilomètres jusque Puerto Tranquilo sont difficiles car nous avons beaucoup de kilomètres dans les jambes, mais surtout parce que la route est extrêmement vallonnée. Il y a même une côte pavée à l’entrée de la ville (alors que le reste du chemin est en terre) afin que les véhicules parviennent à la franchir. Ça ne nous fait même pas peur et nous la grimpons sur les vélos.

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Plutôt motivant ce genre de paysage!
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Arrivée à Puerto Tranquilo au coucher du soleil

Nous arrivons à Puerto Tranquilo vers 20h. Après tous ces efforts, rien de tel qu’un plat bien consistant pour le réconfort. Nous optons donc pour une chorillana composée de pommes de terre, fromage, bœuf, saucisses, avocats, carottes, olives… Malgré notre faim de loup, il est impossible d’en venir à bout. Nous emportons donc les restes pour le déjeuner de demain et partons nous couchés dans notre camping ultra bondé où nous retrouvons les mêmes voisins qu’à Coyhaique : un couple de cyclistes hollandais.

Puerto Tranquilo – Bahia Catalina05

Notre matinée est surtout consacrée à choisir entre faire une excursion en kayak sur le lac pour aller voir la cathédrale de marbre, la grande attraction du coin, ou non. Finalement, le non l’emporte et nous renfourchons les vélos. Nous sommes un peu fatigués de la veille et la piste très vallonnée ne fait rien pour arranger les choses. Le paysage cependant est vraiment beau et Fabien tombe amoureux du coin, il se voit très bien y posséder quelques hectares.

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Petite pause devant le lac nommé General Carrera côté chilien et Buenos Aires côté argentin
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Une petite ballade en kayak est bien tentante

En chemin, nous croisons des cyclistes remontant d’Ushuaia. Ils nous donnent des nouvelles de nos amis qui sont devant nous sur la route. On échange aussi beaucoup d’informations. Ils nous informent notamment de 15km de plat à venir. On n’ose pas vraiment y croire mais c’est pourtant vrai : 15km de piste plane, le bonheur ! On longe de petits lacs et la piste devient agréable à rouler.

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En plus du lac, nous avons apercevons les sommets enneigés des montagnes argentines
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La route se poursuit, toujours aussi vallonnée

Quotidiennement, nous essayons de rouler 50km, mais aujourd’hui nous nous arrêtons dans un camping un peu plus tôt. L’endroit est calme. Nous sommes accueillis par Myriam, ancienne restauratrice de Coyhaique, et Patricio (Pato), journaliste très engagé dans l’association de défense de la Patagonie (patagonia sin represa) dont on vous parlait dans l’article précédent. Patricio a également écrit deux manuels des bonnes manières sur cette région de la Patagonie. Le premier est disponible gratuitement sur internet sur le blog de Patricio (bit.ly/parahojearelmanual). Si vous souhaitez mieux comprendre cette région (son histoire, sa culture, sa gastronomie…) et que vous lisez l’espagnol, nous vous recommandons vivement cette lecture.

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Petits lacs au sein du plus grand lac de Patagonie
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Passage du pont sur le Leon

Le camping est vaste et le nombre de voyageurs y séjournant est très limité. Cependant, nous sommes entourés de pas mal d’animaux : chiens, chaton, poules, chevaux, mouton… L’air est rempli d’odeur de pain maison cuit au feu de bois, de confiture maison et de fromage grillé. Le camping a également l’avantage d’avoir accès à plusieurs plages sur le lac General Carrera mais surtout des kayaks gratuits à notre disposition. Nous saurons en profiter.

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C’est quand fabien a vu ça qu’il a voulu s’installer en Patagonie

Vous l’aurez compris, nous avons trouvé un petit coin de paradis, où nous décidons d’y prendre un jour de repos. Le calme du lieu est très reposant. Ici, le seul moyen de communication est une cibi qui sera branchée une journée entière sur le canal d’urgence suite à un accident sur la carretera austral. Cela ne parait pas choquant vu le nombre de voitures qu’on a vu sur le toit ou dans le fossé. En effet, les véhicules y roulent à vive allure et ne semblent pas préoccupés le moins du monde par les nombreux cyclistes présents sur la piste.

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Petit camping paradisiaque

Nous faisons aussi une ballade en kayak. Même s’il fait un peu moins beau qu’hier mais cela nous permet d’admirer de beaux arcs en ciel. Cependant, le vent est très fort et passé la protection des criques, les vagues sont vraiment grosses. Sachant que c’est sur ce lac et lors d’une excursion en kayak que l’aventurier et milliardaire Thompkins est mort il y a quelques semaines, nous ne nous aventurons pas beaucoup plus loin.

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Sortie kayak sur les rives du camping avec en prime un arc-en-ciel.

Bahia Catalina – Cochrane06

Après avoir acheté du pain fait maison, nous plions bagages et reprenons la route. Le temps n’est pas très beau ce matin mais ce sera pire ensuite et pour le reste de la journée. Nous nous équipons de nos vêtements de pluie et c’est sous un déluge que nous continuons de pédaler.

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Lago Bertrand

Nous longeons le lac Bertrand puis les eaux bleu clair et tumultueuses du Rio Baker. Le temps ne semble pas gêné les kayaks et rafts que nous verrons nous doubler à une vitesse folle. Après quelques bonnes montées, nous arrivons à la confluence des eaux bleutées du Rio Baker avec les eaux sombres du Rio Chacabucon. Sous un grand soleil, la vue doit être encore plus belle.

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Confluence entre le rio Baker et le rio Chacabucon
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Enfin un peu de répit sur quelques kilomètres de plat

Au bout de 39km (il nous en reste alors 29), Fabien demande « t’es sûre qu’on continue ? car ça va être difficile et il n’y a pas moyen de s’arrêter pour dormir avant d’arriver à Cochrane », « Bien sûr qu’on continue ! ». Nous voilà donc repartis pour les derniers kilomètres de la journée. Les dernières montées à flanc de montagnes vont être difficiles dans les jambes. Vers 18h, le ciel se découvre un peu et on peut enfin admirer toute la beauté de la vallée.

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En fin de journée, nous pouvons admirer la vallée traversée par le Rio Cochrane

En arrivant à Cochrane, nous sommes épuisés. Le camping est plus que complet. Nous décidons de nous octroyer un petit plaisir bien mérité : un lit pour dormir à la chaleur du poêle à bois. On y rencontre un chilien qui nous dit qu’il aimerait aider les cyclistes de passage dans sa ville mais qu’il ne sait pas ce dont a besoin un cycliste. On lui dit qu’en général, nous ne sommes pas bien difficiles et qu’un endroit en sécurité (et pourquoi pas à l’abri du vent) est déjà un très bon début. La soirée se termine par les retrouvailles de Marion et Stéphane (nos amis backpackers, qui croisent notre chemin encore une fois).

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Petite pause entre deux averses

Cochrane – Araucania07

Qu’il est difficile de quitter la chaleur de l’auberge. Dans le village, nous suivons d’autres cyclistes pour une séance de réparation des vélos sur le trottoir devant la quincaillerie. Les attaches des porte-bagages avants n’ont pas résisté au mauvais état de la piste.

Au moment de repartir, on voit passer le défilé de la fête annuelle. Nous le suivons jusqu’à la sortie du village.  Depuis la grosse journée d’hier sous la pluie, Kristell n’est pas au mieux et il semble être difficile de faire plus d’une quinzaine de kilomètres aujourd’hui. On prend donc le temps de la réflexion. Nous décidons de continuer à vélo mais si l’occasion se présente nous ferons du stop pour rejoindre le prochain camping à 45km.

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Gauchos lors de la fête annuelle de Cochrane

Arrivés au bord d’un lac on décide de s’arrêter manger. Fabien commence à ouvrir une sacoche pour prendre le déjeuner, une voiture arrive, Kristell lève le pouce et hop la voiture nous dit de grimper. Fabien relève la tête : « Ben je croyais qu’on allait manger ?! ». Pas le temps, la chance nous a souri et nous voilà embarqués dans le pick-up de deux israëliens. L’avantage d’être avec des touristes c’est qu’ils ralentissent à chaque belle chose : rivière, lagune et montagnes enneigées. Après un peu plus d’une heure, nous voici arrivés à l’intersection qui mène au camping. Le trajet s’est fait sur du ripio un peu chaotique, au chaud et avec de la musique pour Kristell à l’intérieur du pick-up, un peu plus au frais pour Fabien qui a décidé de rester à l’arrière avec les vélos. Après l’apprentissage de quelques mots hébraïques, aussitôt oubliés, nous voilà repartis pour 3,5 km jusqu’au camping situé en pleine nature.

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Rio de los Nadis

Nous sommes seuls, aucun campeur, aucune réception. Nous décidons de prendre un petit thé pour nous réchauffer avant de nous installer. Nous découvrons par la suite que la propriétaire habite une maison à 200m. Elle est très gentille et vend des produits de sa ferme. Elle nous dit que le camping coûte 2500 pesos par personne (soit environ 3,5€) mais que la cabaña coûte le même prix. Ce soir nous aurons donc des murs et un toit. On lui achète tous ses œufs (deux), de la confiture et du pain. Du bois est à notre disposition pour nous réchauffer près du poêle et on en profitera bien. C’est vraiment tranquille. Le soir, la propriétaire vient nous amener une bougie supplémentaire car elle s’en va à Cochrane avec sa fille. Nous serons seuls mais nous ne manquerons de rien, bien au chaud. Sans l’électricité, nous partons rapidement nous couchés.

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Notre petit nid douillet en pleine nature

Le lendemain matin, nous sommes levés avant le soleil. La nuit fut très courte pour Kristell qui est toujours malade. Aujourd’hui, c’est la Saint Valentin. Nous profitons de la nature, du soleil et de l’air frais. Nous décidons de rester au calme et de remettre notre départ au lendemain.

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Joyeuse Saint-Valentin

Araucania – bivouac près de la rivière08

Ce matin encore nous nous réveillons avant l’aube. Après un café, nous profitons un dernier moment de la chaleur du poêle à bois. Kristell n’est toujours pas au top, mais nous décidons de repartir. Nous allons tenter un peu de stop. Mais voilà, après 2h c’est la désillusion : les picks up pouvant nous embarquer sont déjà plein de backpackers et ceux qui s’arrêtent sont juste curieux de notre situation.

Nous faisons quelques kilomètres et nous résignons à planter la tente dans un coin au cas où nous n’irions pas plus loin. Nous croisons plusieurs autres cyclistes dans la journée (que nous reverrons plusieurs fois les prochains jours). Le moral est au plus bas quand on se rend compte que nous n’aurons pas le bateau qui part de Villa O’Higgins le mercredi, nous devrons donc attendre celui de samedi.

En fin d’après-midi, une silhouette familière apparaît à l’horizon. Tranquillement mais sûrement, un cycliste avec un manteau vert et un sac orange à l’arrière, se rapproche de nous. Il s’agit de Camille.

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Revoilà Camille encore plus barbu qu’avant 🙂

Nous sommes tous les trois étonnés de nous retrouver. D’un coup, notre moral remonte en flèche. Nous renfourchons nos vélos et faisons encore quelques kilomètres avant de trouver un endroit où nous abriter. Le premier endroit abrité du vent ne remporte pas l’unanimité car il se trouve près d’un troupeau de bœufs assez balèzes et en liberté sans enclos. Après un peu de recherches, nous en trouvons un parfait près de la rivière et bien abrité du vent. C’est sans compté la visite du troupeau de bœufs qui, à la tombée de la nuit, a décidé de nous rendre visite. Fabien et Camille décident de les éloigner du campement et jouent les vachers pendant que Kristell reste bien abritée à regarder la scène.

Bivouac près de la rivière – Puerto Yungay09

C’est donc à trois que nous reprenons la route. Les premiers kilomètres sont faciles (bon état de la route et peu de montées) donc rapidement réalisés jusqu’au croisement vers Tortel ou Puerto Yungay. Nous allons à Puerto Yungay où nous prendrons un bateau pour poursuivre notre route sur la carretera. Nous nous arrêtons à l’abri de bus de l’intersection avec deux touristes qui nous disent que les habitants de Tortel « n’ont pas une bonne onde ». Deux cyclistes allemands nous rejoignent. C’est alors que nous voyons un mur d’eau se rapprocher de nous. Nous décidons de le laisser passer pendant que nous faisons une petite pause cookies. La pluie n’est pas encore terminée que l’allemand reprend la route, sa femme se voit obligée de le suivre pour ne pas être à la traine.

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Une nouvelle forêt de bois mort

Deux minutes après, lorsque la pluie s’est arrêtée, nous poursuivons à notre tour. On s’attendait à ce que la route grimpe un peu, mais elle grimpe pas mal en fait ! Nous longeons des corniches, une rivière puis un lac. Les voitures roulent vite. Sur la carretera, la vitesse n’est pas limitée, elle est suggérée. Le temps est capricieux et ne nous aide pas beaucoup. En effet, on alterne pluie, beau temps et nous avons même de la grêle ! Le PDF que nous suivons pour nous informer de ce qui nous attend à chaque étape, nous promet une « crazy downhill ». Nous l’attendons avec impatience et nous sommes plutôt déçus.

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On croyait avoir tout eu, après la pluie, voilà la grêle…

Nous arrivons à l’embarcadère vers 18h45, le dernier bateau est parti à 18h. Les cyclistes allemands ont réussi à embarquer dans la dernière navette. Comme prévu, nous dormirons donc dans la salle d’attente mais de ce côté du bras de mer. Nous partagerons la pièce avec un cycliste barcelonais qui voyage dans le sens opposé. Nous voyons aussi arriver quelques voitures dont une qui nous a doublé à toute allure avant que nous ne la redoublons suite à une crevaison. Les trois jeunes à l’intérieur pensaient traverser ce soir alors que le dernier bateau est parti depuis longtemps. La nuit dans les voitures s’annonce fraîche. Pour nous, ce sera une petite soirée film, bien au chaud dans nos supers sacs de couchage.

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Salle d’attente du ferry à Puerto Yungay

Puerto Yungay – Refuge à 53km de Villa O’Higgins10

Nous commençons la journée par une grasse matinée car le premier bateau ne part qu’à 10h. Le bateau est plein. Ils ont réussi à y faire rentrer nos trois vélos, huit pick-up, un minibus et un poids lourd ! Après 45 min de traversée, nous arrivons à Rio Bravo. Nous découvrons que beaucoup de cyclistes et randonneurs ont dormi dans la salle d’attente plus petite de ce côté. Finalement heureusement que nous n’avons pas pu avoir le bateau d’hier soir, comme ça nous avons pu dormir tranquille.

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Tous les véhicules passent tout pile sur le bateau!
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Le ferry débarquant à Rio Bravo

Pendant les vingt premiers kilomètres, nous remontons la rivière. Il pleut. Le jacassement de deux pics de Magellan nous attire et nous observons ces deux oiseaux grimper bruyamment le tronc d’un arbre. Ce sont des oiseaux assez courants ici et leur cri est semblable à un ricanement.

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Petite vue sur les montagnes qu’il nous faudra franchir aujourd’hui

Au déjeuner, nous avons trouvé un petit bâtiment de ferme pour nous abriter. Ensuite, nous avons repris la route à travers une forêt. Nous avons quatre cols à passer, plutôt épuisants. Nous avons passé une bonne partie de la journée à grimper. En passant sur des corniches, des condors nous survolent. Plutôt éloignés au départ, ils font des cercles au-dessus de nous dorénavant. Ce qui n’est pas très rassurant car le condor appartient à la famille des vautours. Ils sont tellement près et énormes que nous pouvons entendre le bruit de leurs immenses ailes. Fabien dit à Kristell que si l’un d’eux l’emportent dans ses serres, qu’elle demande à être amenée de l’autre côté du col.

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Chouette un condor qui passe tout près de nous…
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… Génial! Deux condors qui nous survolent…
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… Euh là ça fait flipper quand même, y’en a plein partout …

La journée est plutôt épuisante et dans certaine montée Fabien vient pousser le vélo de Kristell. Ce qui nous aide à tenir le rythme est la pensée d’un bon feu de bois. En effet, nous savons qu’il y a un refuge en chemin, une cabane abandonnée, mise à la disposition et entretenue par les cyclistes de passage.

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La route passe au pied de nombreux glaciers

Nous passons un lac puis commençons à chercher le signe sur le bord de la route (un pneu avec le dessin d’un petit vélo) qui nous annonce la présence du refuge. C’est alors que quatre cyclistes arrivant dans le sens opposé s’engouffrent dans le petit chemin moins d’une minute avant nous. En arrivant sur place, deux cyclistes américains et un cycliste allemand sont déjà présents mais aucun d’eux n’a eu l’idée d’allumer un feu malgré le froid ambiant. Nous sommes tous trempés.

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Cycliste reconverti en bûcheron

Camille et Fabien partent chercher du bois. A leur retour, nous faisons un feu qui réchauffera nos corps, nos coeurs et sèchera nos affaires. Beaucoup de cyclistes arriveront plus tard. Au final, nous serons une quinzaine ! Tout le monde ne passera pas dans le refuge malheureusement. Nous dormirons sur le sol du refuge, près du feu qui finira quand même par s’éteindre à 2h du matin.

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Refuge où nous avons dormi tous les trois au sol près du feu

Refuge – Villa O’Higgins11

Ce qu’on aime dans la vie, surtout depuis qu’on voyage à vélo, c’est dormir. Ainsi, la veille, nous nous sommes tous mis d’accord entre cyclistes pour nous réveiller à 7h mais surtout nous lever à 7h30. Nous étions unanimes. C’est donc avec une joie non dissimulée que nous avons eu le plaisir d’être réveillés à 6h45 par les 4 allemands qui sont restés debout à nous regarder nous lever. Le réveil est difficile et effectuer en vitesse. Ce qui nous remonte le moral c’est qu’il ne fait pas très beau et que ces messieurs vont avoir quatre cols à passer avec le vent de face, alors que nous attend une route plutôt plate de notre côté. On sait, ce n’est pas gentil, mais sur le moment ça nous a beaucoup aidé à relativiser. L’avantage c’est que nous reprenons la route tôt ce matin.

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C’est reparti pour la dernière étape de la Carretera Austral

Avant de partir du refuge, on laisse un petit mot sur la porte près de celui d’Amanda et Antonio (the adventure junkies) passés par là quelques semaines plus tôt.

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De nombreuses cascades jalonnent notre chemin

La route est plutôt belle, la piste facile, nous traversons des forêts et admirons des glaciers. Pour la pause déjeuner, nous nous faufilons dans un minuscule abri, dans lequel nous ne tenons qu’assis, en compagnie de Jésus et de quelques bougies.  En chemin, nous croisons un couple de suisses (anylexi) en tandem Pino : l’un est assis, l’autre est couché à l’avant du vélo. Ils nous donnent une carte de randonnée au Fitz Roy, de bons plans et notamment les endroits où dormir en fin de Patagonie et en Terre de Feu. Ils nous disent qu’ils sont restés bloqués plusieurs jours de l’autre côté du lac O’Higgins à Candelaria Mancilla et qu’un bateau a effectué la traversée hier et ce matin.

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Lago Cisnes
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La presque dernière montée de la Carretera

Dans l’après-midi, le ciel se dégage. Nous longeons longtemps un lac dans lequel des enfants se baignent tout habillés, atteignons des miradors, croisons plein de cascades. Le moral est au beau fixe, surtout quand le vent nous aide à grimper les petites côtes en nous poussant dans le dos.

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Le sommet de la presque dernière montée
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La route longe le lac Cisnes pendant un long moment

Nous arrivons à Villa O’Higgins pour l’heure du goûter. Ça y est, nous avons fini la Carretera Austral qui se termine dans ce village en cul de sac. Maintenant, il nous faut traverser le lac O’Higgins pour rejoindre l’Argentine et continuer la suite de notre voyage.

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Le soleil nous offre une dernière vue sur le glacier
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Dernier coup d’œil au lac Cisnes

Nous nous installons au camping pour attendre le bateau dans deux jours. Ça, c’est ce qu’on croyait…

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Fin del camino Carretera Austral après plus de 1000km sur cette route mythique de Patagonie

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